Publié le dimanche 12.09.2010 à 05:02
Par Marie-Caroline Debaene – Photo La Voix du Nord
Nobles égéries de la fête des Nieulles, Jacques et Françoise de Luxembourg, frère et soeur, surplombent la foule une fois par an à cette occasion. À quelques heures du cortège, nous avons rencontré en exclusivité le seigneur d’Armentières.
– Jacques de Luxembourg : «À vrai dire, il était évident que je marque cette fête de ma présence. Vous n’êtes pas sans savoir que je suis à l’origine de cette tradition que la population a su ensuite faire vivre à travers les siècles. C’est une histoire finalement très simple. Je donnai, au mois de mai 1510, un banquet au magistrat à la Maison de ville sur la grand-place d’Armentières. Un moment délicieux. À l’heure du dessert, je décidai de prendre l’air. Du haut du balcon, je vis ces enfants jouant et piaillant sur la place. Ils espéraient sans doute que je leur jette quelques piécettes. Dans ma grande bonté, je leur jetai les miettes de mon dessert. Vous les auriez vus, ils se ruaient dessus !»
– Et quelles étaient ces miettes ?
«Des Nieulles, voyons, chère amie. Ces petits biscuits ronds à la pâte sablée, facilement friables. J’en suis toujours aussi friand d’ailleurs.
Je pense que ces sots ont cru qu’une pluie de pièces en bronze leur tombait dessus. J’ai ri en voyant cet attroupement. Mes convives aussi. Interpellés par ces cris de joie, ils m’ont rejoint et, par amusement, ont arrosé les enfants qui ramassaient ces miettes.»
– C’est donc ainsi que sont nées la fête des Nieulles et votre envie de la perpétuer ?
«Oui, c’est bien cela. Chaque année, lors du premier lundi de mai, les comtes de Luxembourg fondèrent une somme de trois florins pour organiser cette fête anniversaire. Elle se déroulait en même temps que la Franche Foire. Nous autorisions chaque chaumière à venir vendre sa toile sans taxes. Les drapiers étaient en nombre et la foule en liesse. Nous jetions alors les nieulles au peuple.»
– Cette tradition a parfois été mise à mal, n’est-ce pas ?
«Oui et cela m’a profondément affecté. La tradition a vécu jusqu’à la Révolution française. En 1791, le régime décida de la suspendre, abolissant toutes les traditions de l’ancien régime pour les remplacer par d’autres. Quelle sottise ! Dieu merci, la fête revit le jour vers 1800 mais sans le même faste et, malheureusement, une épidémie de choléra y mit fin à nouveau.»
– Et quand est-il des géants Gambrinus et du Comte Fil ?
«Ne mélangeons pas tout. À la fin du XIXe siècle jusqu’à la veille de la Première Guerre mondiale, un cortège carnavalesque célébrait la toile. Il y avait alors de nombreux chars où défilaient le géant de la bière Gambrinus et le Comte Fil. Vous comprenez, je suppose, le jeu de mots sur l’instrument de tissage le Compte-fils ! Diantre, que c’est drôle ! Ce géant a existé jusqu’en 1948 et ensuite plus de nouvelles. Il paraîtrait même qu’on aurait perdu sa tête. Mais tout cela était étranger à la fête des Nieulles. Ce sont finalement des commerçants armentiérois qui ont eu la riche idée de festoyer à nouveau dès 1938 mais au mois de septembre cette fois-ci. Des pâtissiers ont même eu l’audace de réinventer la recette des Nieulles.
En 2000, une association s’est attribué mon noble prénom et a créé mon géant. Je renaissais alors avec toute la superbe que l’on me connaît !»
«L’interview» a pu être réalisée grâce au service des archives municipales d’Armentières et au comité des Nieulles.

